J'arrivais plus à respirer, j'arrivais plus à distinguer le vrai du faux, l'imaginaire de la réalité. Mes yeux fixaient cette putain de copie de maths sans battre d'un cil. En fait, j'analysais quedal, pour moi c'était juste des suites de chiffres, et même de lettres, regroupés sur une même feuille. J'avais beau lire et relire une centaine de fois l'énoncé, rien ne rentrait dans mon crâne. Ou dans mon cerveau, du moins. Je ne me suis jamais sentie aussi conne que devant un exercice de mathématiques. Ca génère en moi quelque chose de bizarre, un sentiment d'infériorité peut-être, car moi, de toute manière, je n'y arrive pas. Je parvenais même pas à comprendre la consigne, c'était du chinois. Tout ce stress que j'emmagasinait en moi depuis tout ce temps a finit par ressurgir pour finalement exploser à gueule de mes proches. J'ai laissé tomber cahiers, crayons et calculatrices pour me diriger vers la salle de bain et fermer la porte à double tours derrière moi. Il était à peine 19h et la nuit était déjà tombée. Je crois que ça agit beaucoup sur moi, cette obscurité. J'ai allumé les robinets d'eau chaude à fond pour me faire couler un bain. Je pensais, inconsciemment, qu'en me lavant, je laverai mes problèmes. Je ne vois aucune autre hypothèse... Je ne pleurais pas, c'est une chose dont j'ai perdu l'habitude avec les années mais Dieu sait que c'était le bordel dans ma tête à cet instant précis. A peine déshabillée, je me précipitais dans ce bain fumant remplit qu'à moitié. L'eau était chaude, très chaude même car la buée s'est installée sur la glace en moins de 5minutes. Pourtant ça ne me dérangeais pas, au contraire. Non pas que je sois maso (quoique), l'eau chaude n'a que très peu d'effet sur moi. Je me suis allongée dans ce bain en relevant mes cheveux pour ne pas les mouiller et j'ai évoqué tous mes problèmes, un par un, mot à mot, des plus futiles aux plus dramatiques. Je me suis donnée le droit d'être égoiste et de "pleurer" sur mon sort le temps de ce bain. Ma peau avait viré écrevisse et mes veines violacées étaient apparentes, un peu comme si elles cherchaient à sortir de ma chair tellement la chaleur devenait insupportable. Et je me suis rendue compte que j'étouffais, je brûlait presque, l'oxygène me manquait terriblement. Je me suis levée d'un seul coup et j'ai ouvert la fenêtre. Comme a chaque fois ma tête s'est mise à me tourner, comme a chaque fois je n'y voyais plus rien et une vague de fatigue s'est emparée de mon corps. Je me suis donc rallongée à contre coeur dans cette eau violente de par sa chaleur et j'ai fermé les yeux. Mais très vite, le vent frais du dehors est venu souffler sur mes jambes, mes bras, ma tête et ma poitrine restés hors de l'eau. C'était si plaisant de ressentir cette fraicheur soudaine, d'entendre cette pluie battante dehors. Ce contraste chaud/frois représente bien l'état d'esprit dans lequel j'étais à ce moment là. J'ai entrouvert les yeux et j'ai regardé par la fenêtre. Enfn, j'ai tenté d'appercevoir quelque chose mais il faisait si noir que la seule chose que mes yeux aient capté furent ces immondes barreaux rouillés. Puis je me suis dis, si il arrivait quelque chose, si un psycopathe défonçait la porte de la salle de bain à grands coups de hâche, comme Jack Nicholson dans Shining, j'aurais même pas l'espoir de sortir de cette maudite pièce par la fenêtre, étant donné qu'elle est bloqué par des barreaux de fer! Des portes blindées et des fenêtres ouvertes, c'est ça la clée! Enfin bref, je me suis dis, c'est le moment que tu relativises certaines choses. Tu aurais très bien pue finir entre les mains d'un Jack Nicholson cinglé assoifé de violence et bourré de pulsions meurtières ma vieille, estime toi heureuse d'être en vie et, mieux encore, estime toi heureuse d'être en bonne santé. Tes problèmes se résoudront tôt ou tard, et tu sais bien que d'autres viendront te casser les pieds le temps que tu passeras sur Terre. La vie est ansi faite, on la prend comme elle est sinon on a pas sa place ici bas. C'est tout. Il était juste temps que je me bouge le cul, je crois.